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Physiologie de l'allaitement

La compréhension scientifique moderne de l'allaitement progresse tous les jours et apporte de nouvelles explications au fonctionnement de la lactation humaine, confirmant les intérêts de ce geste millénaire.

Le lait maternel : composition et bénéfices

La composition du lait maternel en lipides (graisses), protéines et glucides (sucres) mais aussi en de très nombreux autres éléments, est spécifique à l'espèce humaine, et convient exactement aux besoins et aux capacités des bébés humains. Ce lait contient également de nombreux éléments tels que des anticorps, qui protègent le bébé de maladies ou diminuent leur intensité et favorisent la guérison.
La composition du lait varie au fil des mois et s'adapte à la croissance, l'évolution et l'environnement de chaque enfant. A la naissance, le colostrum (premier lait) est produit en petite quantité. Épais, jaune-orangé, c'est un concentré d'anti-corps protecteurs indispensable pour le nouveau-né. Progressivement le lait se transforme, s'éclaircit, et le volume produit augmente. Plus le bébé tète souvent, plus cette transformation (appelée "montée de lait") se fait harmonieusement. Si l'augmentation du volume des seins est brutale (voir "engorgement"), la tension devra être soulagée pour le confort de la mère.
La composition du lait varie également au cours de la tétée : lait aqueux au début (presque transparent, qui a fait dire de nombreuses années aux médecins que "votre lait n'est pas assez nourrissant") puis progressivement plus riche en graisse à la fin de la tétée.
L'allaitement maternel protège les enfants d'infections des voies respiratoires basses et hautes (bronchites, bronchiolites, rhinopharyngite), d'infections de l'oreille (otites), de diarrhées, de septicémies, de méningites bactériennes, d'infections urinaires, du diabète insulino-dépendant, du lymphome (cancer), d'allergies, d'obésité et d'autres pathologies. On pense qu'il pourrait également avoir un effet protecteur vis-à-vis de la mort subite du nourrisson.
Un meilleur développement cognitif et psychomoteur des bébés est également assuré par l'allaitement.
Les bébés allaités sont moins souvent hospitalisés que les bébés nourris au lait industriel.

Le corps féminin

Allaiter est bénéfique pour la santé de la mère. Il participe aux économies en fer, à la reminéralisation osseuse et diminue entre autre le risque d'apparition d'un cancer du sein ou de l'ovaire, régularise la tension artérielle et favorise une normalisation du poids après la naissance.

Transformation du sein maternel 

Déjà durant la grossesse des modifications ont lieu chez toutes les femmes : développement et maturation de la glande mammaire, augmentation du volume des seins, assombrissement et élargissement de l'aréole, développement de tubercules sur l'aréole ; parfois pertes de lait.

La glande mammaire 

La glande mammaire se prépare à l'allaitement durant toute la grossesse. Elle se développe pour permettre la synthèse du lait, qui peut débuter parfois avant la naissance, dès le quatrième mois de grossesse (écoulement de colostrum).
La structure de base de la glande mammaire est l'acinus, constitué de cellules sécrétrices de lait, relié à un canal lactifère qui conduira le lait le long de nombreuses ramifications vers un pore,ouverture située sur le mamelon.
Les acini sont entourés de vaisseaux sanguins qui fournissent la matière première pour la synthèse du lait, et sont réunis en grappes (lobules) recouvertes de fibres myoépithéliales qui, en se contractant, chasseront le lait produit vers l'extérieur.
Deux hormones jouent un rôle déterminant pour l'allaitement : la prolactine, qui participe à la synthèse du lait, et l'ocytocine qui provoque la contraction des fibres myoépithéliales et donc l'éjection du lait.
Elles sont synthétisées par l'hypophyse, glande située à la base du cerveau, et déversées dans le réseau sanguin.

Anatomie du sein

L'utérus 

Le retour à la taille initiale de l'utérus, juste après la naissance du bébé, est facilité par l'allaitement (des contractions sont souvent perçues lors de la tétée). Les saignements post-partum sont également réduits. L'allaitement va retarder le retour de couches qui surviendra soit à la fin de l'allaitement, soit en court d'allaitement pour les allaitements de plus longue durée (certaines femmes n'ont leur retour de couche qu'un an à 18 mois après la naissance, voire ci-dessous), épargnant ainsi les réserves de fer.

La contraception et allaitement 

Dans certaines conditions, l'allaitement assure une contraception à 98% :
* si le bébé a moins de 6 mois
* si l'allaitement est exclusif et à la demande (pas d'autres aliments, eau, jus de fruits, ...)
* si le bébé tète la nuit (pas d'intervalle supérieur à 6 heures).
* si le retour de couche n'a pas eu lieu.
Au delà, un effet contraceptif demeure, mais il n'est pas toujours aussi important : les femmes qui souhaitent une protection maximum doivent choisir un mode de contraception complémentaire. Les pilules contraceptives ne contenant que des progestérones sont compatibles avec l'allaitement. Le stérilet n'a aucun effet délétère sur l'allaitement et peut être placé 2 mois après l'accouchement, même sans retour de couches.

L'alimentation de la femme allaitante 

La mère qui allaite devra se nourrir et boire normalement, en suivant les indications de son appétit et de bon sens. Aucun aliment n'est interdit : certains, comme les asperges, l'oignon ou le choux, donnent un goût fort au lait qui pourra surprendre le bébé, et parfois lui déplaire. L'ingestion de certains aliments par la mère peut favoriser les coliques du nourrisson ou ne pas être tolérée par certains bébés. Dans ce cas, c'est l'observation du bébé qui guidera la mère vers l'éviction de l'aliment repéré.

Le thé, le café,les boissons alcoolisées et le tabac se retrouvent partiellement dans le lait maternel, et leur consommation devrait être modérée. Si la mère fume, les cigarettes seront consommées après la tétée, et en aucun cas dans la chambre du bébé (la nicotine est retrouvée dans le sang maternel pendant 90 minutes après avoir fumé une cigarette). Les médicaments ne doivent pas être consommés sans avis médical.

Le bébé

Déjà dans l'utérus, le bébé s'exerce à déglutir et à téter (son cordon, ses doigts). Dès les premières minutes suivant la naissance, une série de réflexes va permettre au bébé de téter: mouvements des membres lui permettant d'accéder au mamelon ; réflexe de fouissement, qui lui permet de chercher activement le mamelon; réflexe de succion enfin.
Laissé libre sur le ventre de sa mère, le bébé, encouragé par l'odeur, la voix, la chaleur maternelles, saura trouver seul le chemin vers le mamelon.
Attention à ne pas endommager ce processus d'adaptation par des gestes systématiques (pesée, aspiration, ...) dont la pratique peut être reportée après la première tétée et adaptés aux cas par cas.

La production de lait

Lors d'une tétée, dès les premiers mouvements de succion, la glande mammaire démarre la sécrétion du lait : la concentration de prolactine augmente et permet la synthèse du lait, alors que l'ocytocine produite contracte les fibres musculaires qui entourent les alvéoles pour assurer l'expulsion du lait vers les pores. C'est le réflexe d'éjection, qui peut être ressenti par certaines femmes (picotements dans les seins). Les mouvements de succion et la dépression que le bébé crée dans sa bouche vont entretenir un flux dynamique de lait. Plusieurs flux peuvent se succéder lors d'une même tétée si le bébé tète suffisamment longtemps et efficacement.
La quantité de lait produite sera contrôlée par la stimulation des seins, le meilleur stimulateur étant le bébé. Elle dépend de la fréquence et de la durée des tétées antérieures comme de la dynamique de la succion. En d'autres termes, la réponse de la glande mammaire se fait avec une certaine inertie : ainsi, en cas de variation des besoins du bébé (accélération de la croissance ou sevrage), quelques heures et parfois quelques jours seront nécessaires pour l'adaptation de la production lactée à la nouvelle demande. Il se peut alors que le bébé manifeste un certain déplaisir devant une production de lait qui met quelque temps à s'adapter à son appétit. Il serait souhaitable d'augmenter la fréquence de tétées pour augmenter la production, de faire preuve de patience et d'éviter des apports complémentaires qui interfèreraient avec la lactation. En effet, ils ont comme conséquences une diminution de la stimulation des seins, une modification de la technique de succion du bébé et une diminution de la confiance de la mère en ses capacités.
D'une manière générale, plus les tétées sont fréquentes, plus les ajustements sont rapides et adaptés, plus l'allaitement sera facile et satisfaisant pour la mère comme pour le bébé.