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Etudes sociologiques en France

Des études statistiques relient des facteurs biologiques, culturels et socioéconomiques (niveau d'éducation, âge, parité, etc.) avec le mode d'alimentation des nouveaux-nés.

Raisons de ne pas allaiter en France

 

Des analyses d'entretiens plus ou moins directifs (avec des mères ou des professionnels de santé) donnent des indications sur les motifs structurant l'alimentation des jeunes enfants (connaissances, désirs, difficultés ressenties, ...), et les pratiques d'allaitement.

Analyses multivariées : mode d'emploi

Les analyses multivariées tiennent compte des liens éventuels qui peuvent exister entre plusieurs facteurs (par exemple les mères qui sont de milieu socioéconomique élevé sont aussi les plus diplômés et fument moins). Ce sont alors des Odds Ratio (OR) qui sont calculés, et qui mesurent le risque qu'une certaine classe de mère (par exemple les mères qui ont fumé durant leur grossesse) par rapport à un événement, par exemple « débuter un allaitement à la naissance » ; ce risque est relatif, c'est-à-dire que la classe de mères considéré est comparée à une classe de référence, pour laquelle la valeur du risque est fixée à 1. Un intervalle de confiance est souvent donné, qui donne les valeurs basse et hautes entre lesquels l'OR à 95 % de chance de se trouver. Le résultat est dit significatif quand la valeur 1 ne se trouve pas dans cet intervalle. La signification de l'OR est également donné par la valeur de p, probabilité qui doit être inférieur à 0.05 pour que le facteur considéré ait bien un effet sur l'événement considéré. Ainsi, le risque d'allaiter pour les mères qui ont été elles-mêmes allaitées au sein est de 2,09, avec un intervalle de confiance de (1,38-3,19) et une probabilité p de 0,00003. Les mères qui ont été allaitées ont deux fois plus de chance que les autres d'allaiter elles-mêmes, la valeur du risque à 95% de chance de se trouver comprise entre 1.38 et 3.19 et le facteur « avoir été allaité » est significatif (extrait du tableau 22).

Un sondage national

Les principales causes du sevrage répertoriées par le sondage de l'Institut des Mamans déjà évoqués, sont rassemblées dans la figure 15.

Causes du sevrage en France

Enquête dans la Loire, 2004

Caroline Charpenteau (publié dans Allait'info n°2), Ecoute Lait
Ecoute-Lait, association de soutien de mères à mères, a mené une enquête pour évaluer la situation des femmes qui allaitent dans le département de la Loire. Il s'agissait de diagnostiquer les besoins des familles pour cibler et évaluer les actions, notamment dans le cadre des actions de REFLAIT .

L'enquête longitudinale a eu lieu dans les 8 maternités de la Loire. Sur une période d'un mois comprise entre le 15 mai 2003 et le 14 juillet 2003 (période variable suivant les maternités), toutes les mères ayant donné naissance à un enfant ont été recrutées, soit 800 mères au total, dont 465 ont allaité leur bébé (58%). 482 mères ont rempli un questionnaire, et l'ont restitué au moment de leur départ. Parmi ces mères, 310 ont allaité leur bébé (64%) et 215 de ces mères ont accepté d'être interrogées au bout d'un mois. Ont ensuite été rappelées celles qui poursuivaient l'allaitement, quand leur bébé était âgé de 12 semaines puis, le cas échéant, de 6 mois. 38 mères contactées à un mois n'ont pas pu être suivies jusqu'à la fin de leur allaitement car leur numéro de téléphone a changé ou car elles n'ont plus souhaité être rappelées.

 

Facteurs liés au fait d'allaiter

Le niveau d'étude de la mère est lié au fait d'allaiter son enfant : 48% des mères ayant un niveau primaire ou collège allaitent leur bébé alors que 72% des mères ayant fait des études supérieures le font. Il n'y a pas de corrélation évidente entre le fait d'allaiter et le rang dans la fratrie du bébé ou le mode d'accouchement (voie basse ou césarienne), la durée de gestation et le fait de fumer ou non

Figure 16 : Les raisons données par les mères pour allaiter ou pour donner le biberon sont présentées figure 16. (total supérieur à 100 car les mères pouvaient donner plusieurs raisons).

raisons pour allaiter

Facteurs liés à la durée de l'allaitement

L'allaitement mixte à la sortie de la maternité est associé à une faible durée d'allaitement : 84% des bébés sortis de la maternité avec une alimentation mixte ont été allaités moins de 3 mois contre 46% des bébés sortis avec un allaitement exclusif.

L'utilisation de compléments est associée également à une faible durée d'allaitement : environ 58% des bébés reçoivent des compléments à la maternité, mais parmi les bébés allaités moins de 4 semaines, 85% ont reçu des compléments à la maternité.

Les bébés laissés en pouponnière à la maternité sont allaités moins longtemps que les autres : alors que plus de 40% des bébés allaités moins de 3 mois ont passé au moins une nuit en pouponnière, seulement 18% des bébés allaités plus de 4 mois y ont passé une nuit.

L'âge de la mère est positivement associé à la durée de l'allaitement : 40% des mères de moins de 25 ans allaitent moins de 4 semaines alors que seulement 26% des mères de 26 ans et plus allaitent moins de 4 semaines. Par contre, pour les autres tranches d'âge étudiées (26-30 ans et plus de 30 ans), la répartition suivant les durées d'allaitement est comparable à celle de l'ensemble de la population

Les éléments suivants ne sont pas associés à la durée de l'allaitement : la source d'information prénatale, les raisons du choix, le moment de la première tétée, l'utilisation ou non de la sucette et les informations données à la maternité.

Le souhait contrecarré

80% des mères qui allaitent à la naissance souhaitent allaiter au moins 3 mois ; 32% des mères souhaitent allaiter 6 mois ou plus. Pourtant, elles sont plus de 40% à arrêter pendant les 2 premiers mois : il y a un écart important entre la durée réelle d'allaitement et la durée souhaitée à la naissance.

Pour 63% des mères la durée réelle de l'allaitement a été inférieure à celle souhaitée, et pour 30%, elle a été supérieure à celle souhaitée.

Pour 34% des mères, la durée souhaitée de l'allaitement augmente après la naissance de leur enfant, et pour 17%, elle diminue.

26% des mères ne sont pas , ou pas du tout, satisfaites de leur allaitement. Parmi ces mères, 10% ne souhaitent pas allaiter un autre enfant. Plus les mères allaitent longtemps, plus elles sont satisfaites de leur allaitement : ainsi, 46% des mères ayant allaité moins de 4 semaines sont satisfaites de leur allaitement (figure 17).

Mères satisfaites par leur allaitement

Raisons du sevrage par âge

Manque de lait

Les raisons du sevrage les plus souvent rencontrées sont les difficultés en début d'allaitement, le manque de lait (que l'on retrouve dans toutes les tranches d'âge les 6 premiers mois), la reprise du travail à partir de 4 mois. La décision personnelle n'est un facteur de décision important que pour des sevrages après 6 mois, seuls 12% des bébés sevrés et âgés de moins de 6 mois le sont pour cette raison (figure 18). La fréquence des tétées est souvent donnée comme motif d'insatisfaction des mères, accompagné de l'impression d'une trop forte dépendance au bébé.

Le soutien attendu

Durant leur séjour à la maternité, les mères souhaitent avant tout avoir un guide d'information (46%), assister à des réunions durant leur séjour (40%), obtenir une liste de professionnels compétents (39%). Après 4 semaines d'allaitement, elles sont 45% à souhaiter rencontrer des mères (contre 20% durant leur séjour à la maternité), 34% à vouloir rencontrer des professionnels et 24% à attendre des informations écrites.Deux études ont été menées par l'INSERM en 1995 sur un échantillon représentatif de mères dans 4 départements [1] . 641 femmes primipare et secondipares (enquête A) et 646 femmes primipares et secondipares (enquête B) ayant accouchée entre 1993 et 1994 ont retourné un questionnaire à six mois de vie de leur enfant.

Ces deux études (A et B) montrent que une durée d'allaitement supérieure à 8 semaines est associée à l'âge de la mère, la parité (les allaitements longs sont plus fréquents chez les seconds), le niveau des études, être non fumeur et la reprise du travail après 12 semaines (par rapport à une reprise précoce ou à pas de travail) (tableau 16). Selon que la mère arrête avant ou après 9 semaines, les causes évoquées diffèrent quant à leurs proportions (tableau 17).

Etude allaitement longRaisons pour arrêter l'allaitement

La durée de l'allaitement de 148 femmes ayant accouché entre octobre 1992 et mai 1993 a été menée par une analyse univariée [2] (tableau 18).

Raisons données par la mère

Une étude a comparé la durée d'allaitement de 349 femmes qui souhaitaient au départ allaiter 2 mois ou plus [3] . A 1 mois, 64,2% allaitent encore, 28,2% ont sevré leur nourrisson et 10,6% sont perdues de vue. Cette étude analyse les facteurs associés au risque d'avoir sevré son bébé avant le premier mois. Les Odds Ratio bruts et ajustés sont donnés dans le tableau 19.

Facteurs sociaux et culturels

Facteurs associés durée de l'allaitementL'enquête périnatale menée par l'INSERM en 1995 a concerné tous les nourrissons nés sur le territoire français entre le 30/01/1995 et le 5/02/1995, soit un total de 12 179 nourrissons [4] .

Plusieurs facteurs ont été analysés en liaison avec l'allaitement du nouveau-né (analyse multivariée calculant le risque, ou OR, pour une classe de mère d'allaiter son nouveau-né). Les françaises et les étrangères ont été distinguées dans l'analyse, car certains facteurs ne jouent pas le même rôle selon la nationalité des mères (tableau 21).

Facteurs associés avec l'initiation de lallaitement

 

Une étude menée sur 308 femmes ayant accouché a analysé les facteurs associés avec l'initiation de l'allaitement [5] . 155 femmes ont débuté un allaitement maternel (50,6%). L'analyse mesure un risque ajusté (OR) pour une classe de mère d'allaiter son bébé (tableau 22).

Facteurs associés à l'initiation de l'allaitement

Une étude menée sur 320 mères ayant accouché entre Sept 1999 et février 1999 au CHU de Rennes et dont le nourrisson a été hospitalisé a analysé les facteurs associés à l'initiation de l'allaitement maternel [6] . Le risque ajusté (OR) d'allaiter à été calculé pour certaines classes de mères (tableau 23).

Facteurs associés à l'initiation de l'allaitement

Les professionnels de santé et l‘allaitement

Une enquête menée auprès de 20 généralistes du Val de Marne [7] montre que les connaissances, attitudes et réponses pratiques face aux mères allaitantes (en difficulté ou non), sont très variables d'un médecin à l'autre, car non soutenues par des connaissances théoriques et pratiques cohérentes.

Les préparations pour nourrissons sont considérées comme inférieures au lait maternel mais cependant tout à fait acceptables par une grande majorité de ces médecins.

L'allaitement court est la norme commune pour ces agents de santé, qui ne savent pas soutenir les mères qui allaitent et qui rencontrent des difficultés dans leur allaitement (prise de poids, maladie, fatigue, baisse de lait, etc.).

La rigueur professionnelle attendue de ces praticiens est mise en défaut par des schémas d'actions hérités de l'environnement socioculturel et d'expériences personnelles soit de non allaitement, soit d'allaitement court (2-3 mois).

Une thèse soutenue en 2001 [8] montre que parmi les généralistes du Rhône :

 

  • 43,6% ne s'estiment pas suffisamment formés sur l'allaitement
  • 82,7% pensent que la formation médicale est insuffisante (77,9% des hommes, 94,7% des femmes).
  • 72,2% souhaiteraient des cours en 3ème cycle; 67,7% en session de FMC ou enseignement PU; 31,6% par un atelier pratique; 17,3% au cours des 1er et 2ème cycles de leurs études; 3,8% par un diplôme d'études universitaires.
  • 91% des généralistes pensent qu'un document pédagogique pourrait leur être utile. En premier lieu ils aimeraient plus d'informations sur les pathologies de l'allaitement (lymphangite, crevasses, abcès, ...).

 

Dans une étude menée auprès de professionnels de santé en Seine Maritime en 1984 [9] , il apparaît que ces derniers pensent que le choix de la mère est déjà fait avant la grossesse, et que leur intervention en faveur de l'allaitement maternel est peu efficace. L'importance du séjour en maternité pour le succès de l'allaitement est bien perçu par le personnel et en particulier la nécessité d'une information très pratique et d'une continuité entre les intervenants en prénatal et en postnatal.



[1] Lelong N, Saurel-Cubizolles MJ, Bouvier-Colle, MH, Kaminski M, Durée de l'allaitement maternel en France, 2000, Archives de Pédiatrie, 7(5):571-2

[2] Branger B, Cebron M, Picherot G, de Cornulier M, Facteurs influençant la durée de l'allaitement chez 150 femmes, 1998, Archives de Pédiatrie, 5 :489-96

[3] Ego A, Dubos JP, Djavadzadeh-Amini M, Depinoy MP, Louyot J, Codaccioni X, Les arrêts prématurés d'allaitement maternel, 2003, 10 :11-18

[4] Crost M, Kaminski M, L'allaitement maternel à la maternité en France en 1995. Enquête nationale périnatale, 1998, Archives de Pédiatrie, 5 :1316-26

[5] Fanello S, Moreau-Gout I, Cotinat JP, Descamps P, Critères de choix concernant l'alimentation du nouveau-né : une enquête auprès de 308 femmes, 2003, Archives de Pédiatrie, 10 :19-24

[6] Duclos C, Dabadie A, Branger B, Poulain P, Grall JY, Le Gall E, Facteurs associés au choix du mode d'alimentation pour un nouveau-né hospitalisé, 2002, Archives de Pédiatrie, 9 :1031-1038

[7] L. Marchand-Lucas et al, Le généraliste face aux déterminants de la conduite d'allaitement, thèse de doctorat de médecine, mars 1998.

[8] F. Gabilly, Prise en charge des mères allaitantes, thèse de docteur en médecine, 2001

[9] P. Czernichow et al., Comportements et opinions du personnel soignant à l'égard de l'allaitement maternel, Arch. Fr. Pediatr. 43:779-84, 1986.