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Les difficultés courantes

D'une façon générale, les seins doivent être particulièrement ménagés durant l'allaitement. Les nettoyages agressifs et intempestifs des mamelons seront évités (le lait n'est pas sale), les seins ne seront pas comprimés ni exposés au froid ou au soleil : c'est le moment de les respecter !

Une conduite adaptée de l'allaitement prévient la majeure partie des incidents énumérés ici. De nombreuses mères ont allaité plusieurs enfants sans avoir rencontré aucun de ces soucis.

Quand des difficultés surgissent, il est indispensable de pouvoir s'adresser à une personne ayant une bonne connaissance de l'allaitement pour trouver conseils et réconfort : mère ayant allaité, groupe de soutien à l'allaitement, professionnels de santé formés, etc.
Il peut être utile de les repérer avant la naissance du bébé : les réponses aux difficultés sont le plus souvent urgentes. 

Le manque de lait


Le plus souvent, il s'agit d'une mauvaise conduite de l'allaitement ou d'un mauvais diagnostic. C'est l'observation du bébé qui oriente celui-ci. Le comportement du bébé peut inquiéter la mère : fréquence jugée élevée des tétées, pleurs en fin de tétée, pleurs le soir, sont des signes qui ne peuvent pas à eux seuls indiquer une production de lait insuffisante.

Deux cas se rencontrent :

  • Le bébé semble en bonne santé, avec une prise de poids régulière et satisfaisante : il ne s'agit pas d'une production de lait insuffisante. Rappelons qu'un bébé bien nourri mouille au moins 4 à 6 couches par jour, et que ses selles sont fréquentes les premières semaines (2 à 3 fois par jour). Il arrive que les bébés demandent brusquement à téter plus souvent. Durant ces moments un peu chahutés il convient de donner le sein à la demande. C'est la meilleure façon de satisfaire tous les besoins du bébé, y compris son besoin de proximité et de contacts corporels.

 

  • Le bébé souffre véritablement d'une insuffisance d'apport alimentaire et sa prise de poids est trop faible. La conduite de l'allaitement devra alors être revue : l'efficacité du bébé au sein sera évaluée, les fréquences et durées des tétées augmentées, la position du bébé au sein améliorée, les interférences possibles (tétines, bouts de sein en silicone, lait artificiel) éliminées. Des solutions peuvent être trouvées, comme la relactation par stimulation fréquente et efficace des seins (tétées toutes les deux heures au moins). Les substituts du lait maternel ne sont à utiliser qu'en dernier recours, s'ils sont vraiment indispensables.
    Dans de très rares cas, il peut s'agir d'une difficulté provenant soit de la mère (production de lait physiologiquement insuffisante), soit du bébé (technique de succion déficiente). Une aide spécialisée sera alors nécessaire.


Dans l'immense majorité des cas, les femmes ont la capacité physiologique d'allaiter leur bébé et de satisfaire totalement ses besoins alimentaires pendant six mois au moins. Il suffit pour cela d'avoir confiance en ses capacités et de se laisser guider par la demande du bébé : plus le bébé tète, plus il y aura de lait.

L'engorgement

Les seins augmentent de volume, deviennent durs et douloureux. La mère a l'impression au début d'avoir trop de lait, celui-ci s'écoule tout seul, puis finit par ne plus couler du tout. Elle pourra également être fiévreuse. Cette situation est fréquente en tout début d'allaitement alors sous contrôle hormonal. La restriction en nombre et en durée des tétées est également un facteur favorisant la survenue de ces engorgements.
C'est le moment de réveiller le bébé, pour qu'il tète et soulage le sein de sa mère. Parfois le sein est tellement tendu que le bébé ne peut téter : un assouplissement de l'aréole par expression d'un peu de lait ou par application de chaleur facilitera la mise au sein. La mère pourra soulager elle-même ses seins en exprimant du lait (massage manuel, douche tiède), sans chercher toutefois à les "vider".
L'application d'un gant rempli de glace pendant 20 minutes après la tétée peut également faciliter la résorption de l'oedème.
Des engorgements répétés peuvent être la cause d'une baisse de la production de lait, et le signe d'un allaitement mal conduit (tétées espacées, horaires rigides).

Les mamelons douloureux


Les premiers jours

Les mamelons peuvent être sensibles les premiers jours suivant la naissance, mais sans présenter de lésion. Il s'agit d'un phénomène naturel dû au bouleversement hormonal et à l'adaptation des premiers temps, sans aucune crevasse. La situation s'améliore en quelques jours.

Les crevasses

Les crevasses sont des lésions de la peau au niveau du mamelon et parfois de l'aréole. Elles peuvent saigner, et sont toujours très douloureuses, en particulier en début de tétée. Dans la très grande majorité des cas, elles sont le fait d'un bébé en mauvaise position au sein, position qu'il faudra donc en premier lieu corriger. Elles peuvent aussi être la conséquence d'une mauvaise succion du bébé (mauvaise position de la langue, morsure, frein de langue trop court,...) : un spécialiste de l'allaitement devra alors être consulté.
Le lait de fin de tétée a des propriétés cicatrisantes et pourra être étalé sur le mamelon (à faire également en traitement préventif). Certaines pommades pourront être utilisées, elles devront être sans danger pour le nourrisson. La lanoline purifiée permet de maintenir une hydratation optimale du mamelon et a montré une certaine efficacité. Il faut éviter toute substance devant être retirée avant la tétée pour ne pas traumatiser les mamelons déjà très sollicités. Humidité et sécheresse devraient être évitées.
Dans quelques cas, l'utilisation temporaire de téterelles pourra être envisagée. Dans les cas difficiles, le côté douloureux pourra être mis au repos temporairement, en sachant que le sein, non stimulé, verra sa production de lait diminuer. Une fois guéri, le sein aura besoin d'être "remis en route"; on pourra éventuellement envisager une stimulation et extraction manuelle pour stimuler la lactation.
Si le bébé ingère du sang, ses selles pourront en contenir sans que cela présente un danger, et en aucun cas une restriction de l'allaitement du côté blessé ne devrait être proposée pour cela.

Soulager la douleur en cas de crevasses

  • Débuter la tétée du côté le moins douloureux
  • Changer la position du bébé au sein (la partie lésée ne sera plus stimulée de la même manière) : position "ballon de rugby" par exemple, qui permet à la mère de mieux contrôler la prise du sein
  • Anesthésier le mamelon douloureux avant la tétée en appliquant pendant quelques secondes un tissu contenant de la glace
  • Utiliser des antalgiques compatibles avec l'allaitement (paracétamol par exemple)

 

La mastite ou lymphangite

D'apparition brutale, cette inflammation douloureuse et localisée du sein est accompagnée de fièvre toujours élevée. En général unilatérale, elle se reconnaît par une traînée rouge sur le sein. Elle doit faire rechercher un facteur déclenchant ou favorisant : espacement soudain des tétées, soutien-gorge trop serré, porte-bébé mal ajusté, sac à dos, engorgement, choc, fatigue importante de la mère, etc.
La poursuite de l'allaitement est indispensable, elle constitue la base du traitement ; il n'y a aucun risque pour un bébé en bonne santé.
Il est nécessaire de se reposer, le bébé près de soi et de le faire téter souvent, surtout du côté atteint (c'est plus facile quand le bébé dort avec soi). La mère pourra souhaiter faire baisser la fièvre et prendre des antalgiques compatibles avec l'allaitement.
En 24 heures, la situation devrait nettement s'améliorer. Sinon, une personne spécialisée en allaitement devra être consultée.

Les mamelons peu saillants

Des mamelons plats ou ombiliqués ("rentrés") peuvent causer certaines difficultés passagères en début d'allaitement en rendant la prise du sein un peu difficile pour le bébé.
Après les premiers mouvements de succion du bébé, le mamelon s'érige et le lait s'éjecte. Une fois la tétée amorcée la configuration des bouts de sein sera donc plus favorable à une bonne succion du bébé.
Dans ce cas particulier, il faut bien veiller à placer correctement le bébé au sein : attendre qu'il ait la bouche largement ouverte et saisisse la plus grande partie possible de l'aréole. Les mamelons se formeront au fil des tétées : les difficultés concernent essentiellement les débuts de l'allaitement.

Faciliter les premières tétées avec des bouts de sein peu saillants

  • Proposer fréquemment le sein au bébé afin de faciliter son apprentissage, et toujours avant qu'il ne soit trop affamé ou qu'il ne pleure, car il risquerait d'être moins patient et moins habile
  • Provoquer l'éjection du lait en stimulant manuellement le sein avant de mettre le bébé au sein

 

L'éjection trop puissante du lait et la sur-production de lait

Une éjection trop forte du lait en début de tétée peut dérouter le bébé qui a du mal alors à synchroniser succion et déglutition. Dans certains cas, il rejettera même le sein. La mère pourra amorcer manuellement la tétée et attendre que l'éjection de lait devienne moins forte pour proposer alors le sein au bébé. Allaiter sur le dos, avec le bébé à plat ventre sur sa mère, peut apporter une amélioration. Une production de lait excessive sera souvent associée à ce type de difficulté. Dans ce cas, il est possible de stimuler au minimum les seins et de ne proposer qu'un seul sein et toujours le même durant 2 ou 3 tétées à la suite. Il est préférable d'éviter de porter des coupelles en continu (elles stimulent continuellement l'aréole). Le bébé aura peut-être des selles vertes et mousseuses, signe qu'il ne reçoit pas assez de lait gras: il est important de bien le laisser finir la tétée au premier sein avant éventuellement de lui proposer le second.
Ce problème se résout avec le temps, après l'adaptation des premières semaines. Si la mère le souhaite, elle peut faire profiter de son lait d'autres enfants, en le recueillant et le donnant au lactarium.

Le bébé refuse de téter

A la naissance, il peut arriver que le bébé ne prenne pas correctement le sein : après quelques essais infructueux de mise au sein, le bébé finit par refuser énergiquement de téter, ou bien s'endort après quelques mouvements de succion inefficaces.
Dans d'autres cas, le bébé peut refuser de téter un seul sein tout en tétant correctement l'autre.
Enfin, certains bébés après avoir tété normalement, refusent brusquement de téter, soit les deux seins, soit seulement l'un d'eux.

Pour aider le bébé à retrouver le chemin du sein : 

  • faire confiance aux capacités du bébé
  • éliminer toute pratique néfaste pour l'allaitement
  • placer le bébé nu en peau à peau entre les seins de sa mère
  • faire preuve de patience : ne pas forcer le bébé à téter (par exemple en lui maintenant la tête contre le sein)
  • amorcer manuellement l'éjection du lait, et déposer quelques gouttes de lait sur les lèvres du bébé pour stimuler son intérêt puis, tout doucement, lui proposer le sein
  • un bébé énervé et affamé aura du mal à téter et se détournera d'autant plus du sein : pour éviter cela, du lait maternel exprimé (tire-lait ou massage manuel) pourra être donné à la cuillère ou la tasse avant de proposer une tétée au sein
  • profiter d'un état de demi-sommeil du bébé pour proposer une tétée (plus facile quand on est allongée avec son bébé)
  • quand la grève de tétée semble s'installer, des dispositifs d'aide à l'allaitement peuvent être utilisés avec l'aide d'un spécialiste.

 

En attendant que le bébé retrouve le chemin du sein maternel, engorgement et baisse de production de lait seront évités en stimulant manuellement les seins ou en utilisant un tire-lait. La mère peut profiter de toutes les occasions de contacts corporels. Dans tous les cas, elle reste la personne toute désignée pour répondre au besoin de sécurité et d'attachement de son bébé.
Il ne peut s'agir d'un sevrage : celui-ci se fait progressivement quand l'enfant en a l'initiative. Le refus brutal du sein a d'autres motifs qu'il convient de rechercher pour rétablir l'allaitement.

Le bébé pleure, les coliques

Il arrive que les bébés pleurent, particulièrement le soir, sans qu'il soit possible de donner une explication simple. Leur donner le sein peut les calmer, tout comme les porter ou les bercer. Quand un bébé pleure, c'est important de s'en occuper et de chercher à l'apaiser. La patience est indispensable pour passer ces moments difficiles, et le soutien de l'entourage bienvenu.
Des pleurs aigus à n'importe quel moment de la journée peuvent être le fait de coliques, fréquentes chez les nourrissons (il émet des gaz, semble souffrir à certains moments en ramenant ses jambes sur son ventre). Il peut s'agir d'un bébé qui consomme de grandes quantités de lactose et peu de lait gras. Dans ce cas la prolongation des tétées sur le même sein peut améliorer la situation. Parfois aucune explication ne pourra être donnée.
Désagréables, les coliques ne sont pas une maladie, et ne doivent pas amener un changement dans l'alimentation du bébé qui ne pourrait qu'aggraver la situation : le lait maternel à l'exclusion de tout autre aliment et boisson, reste toujours la solution alimentaire la plus adaptée.

Masser le ventre du bébé, le promener ou le bercer peuvent apaiser la douleur.

Maladies de la mère

Dans la grande majorité des cas, les maladies de la mère sont compatibles avec l'allaitement maternel : ainsi une grippe ou une angine ne sont pas des contre-indications à l'allaitement. Le bébé risque de contracter la maladie, allaité ou non ; en recevant le lait de sa mère, le bébé reçoit également les anticorps parfaitement adaptés à la défense contre cette maladie. Des traitements médicaux compatibles avec l'allaitement seront proposés, et tout doit être fait pour que l'allaitement soit maintenu.
Seuls quelques rares cas parti-culiers imposent soit une surveillance du bébé, soit son sevrage temporaire ou définitif (par exemple certains cancers nécessitant l'emploi de médicaments incompatibles avec l'allaitement). Le SIDA est une contre-indication à l'allaitement dans les pays développés. Par contre les hépatites ne sont pas des contre-indications à l'allaitement.

L'allaitement est un facteur de plaisir pour la mère comme pour son bébé : si ce n'est pas le cas, il faut réagir rapidement. Les difficultés rencontrées pourront être surmontées grâce à des conseils pertinents et un soutien efficace de l'entourage. Une solution adaptée à chaque cas peut être trouvée nécessitant parfois une aide spécialisée. Le biberon n'est que très exceptionnellement une solution : son utilisation est préjudiciable à l'allaitement et le lait industriel reste un bien piètre substitut du lait maternel.

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